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Ghaleb Bachour

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GHALEB BACHOUR

Au XIXe siècle, Ghaleb Bachour comptait parmi les maîtres en bâtiment (mou‘allem ‘amar) les plus célèbres de la région du Metn, l’arrière-pays montagneux de la ville de Beyrouth. Ghaleb descend d’une famille spécialisée dans la taille de la pierre et dans le bâtiment, deux métiers transmis de père en fils depuis au moins cinq générations.

L’aïeul de Ghaleb, Elias Bachour, se serait établi à Salima vers la fin du XVIIe siècle, ayant été convié à conduire des chantiers de construction pour le compte des émirs druzes Abillama qui gouvernaient alors cette contrée du Mont Liban ottoman. L’ouvrage Tarikh Bechaalé wa Salima, publié par le prêtre Istifan al-Bechaalani en 1947, nous apprend qu’Elias aurait en outre rénové le sérail de ce bourg en 1750.

Nous savons aussi que les Bachour de Salima sont originaires du village orthodoxe de Sqaylbiyé qui se trouve à 40 km au nord-ouest de la ville de Hama, en Syrie. En ottoman, comme en arabe, le mot Sqaylbiyé renvoie à la Slavonie — une région au nord de la Serbie qui fait aujourd’hui partie de la nouvelle république croate — d’où des Slavons orthodoxes, pour des raisons qui nous sont encore inconnues, auraient fui leur pays au XVIe siècle pour s’installer dans la Syrie ottomane. Il importe de souligner que la population de ce village syrien fondé par des Slavons orthodoxes il y a plus de quatre siècles a toujours été réputée dans les travaux du bâtiment. Aujourd’hui, elle l’est encore.

Quoi qu’il en fut, une partie de la famille Bachour avait quitté Sqaylbiyé au XVIIe siècle pour s’implanter à Safita, à l’est de la petite ville côtière de Tartous. Par la suite, une branche de celle-ci migra vers la ville de Beyrouth, qu’Elias allait à son tour quitter un peu plus tard, pour s’établir à Salima.

Là, hormis le sérail, Elias construisit l’église Saint-Jean des maronites, vers 1770. Entre-temps, il avait édifié pour les orthodoxes une petite église dédiée à saint Élie, dont il ne reste plus aucune trace de nos jours. Selon toute probabilité, elle fut détruite pour construire l’actuelle qui remonte à 1862.

Elias eut trois fils. Seuls l’ainé Assaad et ses quatre garçons (Elias, Ghantous, Hanna et Ghaleb) semblent avoir perpétué le métier de bâtisseur. Mais Ghaleb fut apparemment le plus habile et en tout cas le plus renommé dans la région à cette période.

Parmi les créations de Ghaleb, nous pouvons mentionner la chaire de l’église Saint-Louis des Capucins à Beyrouth. Son œuvre la plus remarquable reste toutefois la nouvelle église des orthodoxes de Salima, qu’il édifia en 1862 et qui survit à ce jour. Comme pour toutes les églises de cette époque, Ghaleb la dota d’un gynécée et d’un élégant clocher en pierre taillée, monté sur quatre piles ouvragées et couronnées d’une corniche moulurée. Il convient de noter que Ghaleb fut aidé dans cette entreprise par Qostantine al-Haddad, dont la famille s’était elle aussi installée à Salima et presque au même moment que la famille Bachour.

Le décor du portail de cette église, réalisé dans le style ottoman occidentalisant à la mode de cette époque, compte parmi les œuvres les plus remarquables que Ghaleb nous a léguées. Il dévoile l’originalité de son savoir-faire, à comparer avec les travaux des autres bâtisseurs d’églises de cette époque. Garni de colonnettes, de croix en rosace et de bouquets fleuris en relief, ce portail est surmonté d’un arc double orné d’une frise en arceaux et denticules. Ce portail témoigne de la maîtrise parfaite de la taille de la pierre et du goût raffiné de Ghaleb pour l’art décoratif.

Un an plus tard, en 1863, Ghaleb fut ordonné prêtre sous le vocable Elias et prit la responsabilité de la paroisse orthodoxe de son bourg natal. En 1880, il décéda. Son adjoint Qostantine devint prêtre à son tour en 1882, lui succédant à la tête de la paroisse orthodoxe.

Hormis Ghaleb, nous connaissons encore de la famille Bachour son grand frère Ghantous, qui était aussi un bâtisseur très sollicité. L’église Notre-Dame des maronites de Salima est son œuvre. Il l’édifia avec l’aide de son frère Hanna et transmit son métier à son fils Assaad.

En 1886, Assaad paracheva l’église orthodoxe Saint-Élie en la dotant d’une élégante iconostase en pierre, sur laquelle il grava son nom. Cette iconostase à colonnettes est garnie de rosaces, de croix et de motifs géométriques et végétaux en relief. Elle offre à la vue une porte royale en arc à contre-courbes, porté par deux colonnettes torsadées et couronné d’une frise à palmettes. Aujourd’hui, un vilain joint de couleur noire altère la beauté et la noblesse de cette œuvre d’art. Il fut appliqué dans les années 1960, par les mains d’une personne inexperte qui a inconsciemment dégradé cet ouvrage sous prétexte de le réhabiliter.

Rappelons, pour terminer, qu’en 1983, lors de la dernière guerre civile, l’église Saint-Élie et son iconostase furent pillées et saccagées. Leur restauration a été mise en chantier il y a quelques années.

May Davie
Directrice de l’Équipe ARPOA
Octobre 2012

© Université de Balamand, Mise à jour octobre 7, 2013